Saint-Gobain est épinglé par la Direction de la Concurrence de la Commission européenne sur le partage du marché de l’industrie automobile et des doutes planent sur la pénurie de bouteilles…
Au cours des dernières années, l’industrie du verre a subi une période de concentrations pour ne laisser en lice que les groupes capables de fabriquer des quantités considérables et réaliser des économies d’échelle. Sont sortis gagnant l’américain OI (Owens-Illinois), leader mondial et Saint-Gobain en n°2.
De
tels mouvements n’ont pas été sans attirer l’attention de la Direction
Générale de la Concurrence de la Commission européenne. La traque aux
cartels est son dada. Aidée par d’aimables correspondants, elle est
régulièrement informée des hausses de prix consécutives à la disparition de producteurs
locaux et de l’insuffisance du volume de production de
verre dénoncée dans divers secteurs.
Ainsi
s’est-elle penchée sur le marché du verre dans l’industrie automobile,
représenté par les commandes de toits vitrés, fenêtres de
portes,
pare-brise et lunettes arrières. Celui-ci est contrôlé à 90% par
Saint-Gobain, le britannique Pilkington, le japonais Asahi et le belge
Soliver. Identifiant le cartel, la Commission les condamne pour avoir «
conclu des accords
illicites de partage de marchés et échangé des
informations commercialement sensibles concernant les livraisons de
verre pour l'industrie automobile ».
Avant ses étrennes,
Saint-Gobain se voit infliger une amende de 896 millions d'euros
au titre du cartel sur le marché automobile, soit « 95% du chiffre
d'affaires annuel de l'activité OEM (Original Equipment Manufacturer)
de St Gobain Vitrage Automobile et plusieurs dizaines d'années de son
résultat net ».
Au total, l’amende s’élève à 1,38
milliards d’euros
pour les quatre verriers qui s’étaient alliés. Les deux tiers reposent
donc sur Saint-Gobain, gratifié ici d’un surplus pour sa récidive en la
matière. Bien sûr, notre industriel dépose un recours contre cette
amende "manifestement excessive et disproportionnée", mais son recours
"n'est pas suspensif" a précisé le porte-parole de la Commission
européenne.
Aujourd’hui encore ce sont
des interrogations qui entourent la pénurie
du verre dont souffrent nos producteurs de vins. La hausse des prix
des bouteilles en France se situerait entre 15 et 35% entre 2007 et
2008. Nombre de vignerons et de négociants soupçonnent les deux grands
groupes Saint-Gobain et l’américain OI de faire en sorte «d’organiser
la pénurie» pour s’assurer une meilleure rentabilité.
A
nouveau, les services de la concurrence de la Commission devront
déterminer si cette pénurie a été organisée par ces entreprises pour
augmenter leurs revenus.
Sophie Barthélemy
Novembre 2008
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